Les œuvres d’un artiste à notre porte
Le 11 septembre, à Villy le Bouveret, un atelier de restauration d’œuvres d’art sera inauguré : l’atelier Croma. Cet événement marque l’ouverture d’un nouvel espace dédié à la conservation du patrimoine artistique en Haute-Savoie, spécialisé dans les œuvres modernes et contemporaines. À cette occasion, une collection privée de portraits peints par Georges Gimel (1898-1962), artiste expressionniste français sera dévoilée. J’ai rencontré la famille du peintre, qui vit sur notre commune.
François-Georges, Daniel et Élisabeth vous avez fondé le comité Gimel. Votre père a eu une grande carrière d’artiste, pouvez-vous nous présenter son parcours ?
Georges Gimel, dit « le Maître du Feu », est né le 8 mars 1898 à Domène en Isère et est mort le 21 janvier 1962 à Megève. C’était un peintre et sculpteur expressioniste français, auteur de figures, de paysages de montagne, de natures mortes, de fleurs, d’art sacré. Il fut aussi graveur, lithographe, illustrateur, décorateur de théâtre, céramiste, peintre fresquiste et peintre émailleur. En 1916, il s’inscrit aux Arts Décoratifs, pour toucher à divers matériaux et techniques. Il suit les cours de modelage, d’architecture, de perspective, de mathématiques et de composition décorative. Dans ses cartons, il range l’ébauche d’un chemin de croix qu’il mettra plus de dix ans à réaliser. Ce thème obsédant l’occupera de nombreuses années, il produira plusieurs œuvres traitant du même sujet. Il sera mobilisé durant les deux guerres mondiales.
Après la seconde guerre, à Annecy, il se consacrera à la création d’émaux. C’est durant cette période qu’il travaillera, entre autres, pour les cloches Paccard à Annecy-Le-Vieux, pour les fresques du théâtre de Grenoble qui sera inauguré le 15 octobre 1952. Le 2 octobre 1955 sera inaugurée l’église du Sappey en Chartreuse où Gimel a réalisé un grand Christ en émail et le chemin de croix en fresques émaillées. De grands fours lui permettront la cuisson d’émaux de dimensions importantes sur aluminium et sur ciment. Il décorera durant cette période le casino de Megève, le Bar des 5 rues. En 1956, il réalisera le chemin de croix sur feuilles d’or de l’église de Megève, ainsi que le coq du clocher de cette même église.
Votre père vous a donné une mission particulière quant à l’avenir de ses œuvres ?
En 1961, peu de temps avant la mort de mon père j’accomplissais mon service militaire au 7e BCA dans Les Chasseurs Alpins, j’avais 21 ans. Pendant une permission, mon père m’avait demandé de l’accompagner, il était très rare que nous soyons ensemble et pendant ces quelques jours d’échange, il me parla de ses dessins de 14-18, les Visions de Guerre, et me disait : « Dans cette période douloureuse, ces dessins je ne veux pas les vendre, mais les garder pour montrer aux générations futures les horreurs de la guerre. »
Mais…Le samedi 15 mars 2014, l’hôtel des ventes de Granville proposait aux enchères, un corpus de 150 dessins (les Visions de guerre) réalisés par un ancien soldat : Georges Gimel.
Grâce à la compréhension de la commissaire-priseur, maître Florence Rois, le Comité Gimel a concrétisé le vœu de l’artiste en réalisant l’achat de l’ensemble de cette mémoire picturale, et a envisagé des projets d’expositions, conférences et un premier ouvrage : Gimel artiste et reporter « Carnet de Guerre 1914-1918 » (disponible à la Salévienne). Le père Maurice Tochon y a écrit un texte, avec son vif intérêt pour l’œuvre de Gimel nous y faisant découvrir par ses réflexions le symbole pictural que l’artiste a voulu transmettre à travers ses Visions de guerre.
Comment s’est passé la collaboration avec Zoé Sallin pour exposer les œuvres de votre père à Villy le Bouveret?
Zoé nous a contactés pour son projet de restauration sur le conseil de ses grands-parents Pierre et Françoise Sallin, nos amis de longue date. Parmi notre collection de tableaux de Gimel, Zoé a choisi de restaurer le portrait de Jean Cocteau pour son mémoire de fin d’étude « restauratrice d’œuvres d’arts et de Patrimoine» à l’École de Condé à Paris. Pour l’inauguration de son atelier elle a choisi naturellement des portraits.
Vous avez depuis plusieurs années initié le projet de rénover la Maison forte dite le château de Pontverre au Corbet à Cruseilles. Où en est ce projet ?
Suite à la naissance de notre fille Ingrid, atteinte de trisomie 21, j’ai rejoint en 1971, l’AAPEI Épanou, l’association des parents d’enfants handicapés intellectuels. J’ai ensuite été l’administrateur puis le vice-président de 1993 à 2010. En février 2006 notre fille Ingrid nous quitte en laissant un grand vide. Quelques semaines après son décès on nous propose d’acquérir le Château de Pontverre, la Providence ? Car nous cherchions depuis plusieurs années un lieu pour abriter le fond Gimel. En 2009 ce fut la création du Comité Gimel pour préparer le travail de mémoire à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de l’artiste.
Depuis plus de quinze ans, nous nous consacrons à la réhabilitation du Château de Pontverre à Cruseilles, où Gimel séjourna entre 1946 et 1956, et qui accueillera le fond artistique. Malheureusement, la pandémie a provoqué l’arrêt brutal du chantier. Par la suite, la Maison Forte a subi des actes de vandalisme. Les conditions d’une reprise du chantier ne sont pas réunies à ce jour. Nous recherchons de l‘aide pour la sauvegarde de ce patrimoine exceptionnel, nous gardons espoir de mener à bien ce projet.
Pour en savoir plus sur Georges Gimel :
Découverte de l’atelier Croma et de certaines œuvres de Georges Gimel lors des journées du patrimoine : Samedi 19 septembre de 10h à 17h et dimanche 20 de 10h à 13h30. Adresse : 292 route de chez Bouchet à Villy le Bouveret
comitegimel@gmail.com
https://pepitefrancaise.fr/georges-gimel/

