Comprendre et prévenir le Cyber harcèlement

Les confinements ont boosté l’utilisation des réseaux sociaux et d’internet.
Ce sont des outils formidables de communication mais ils comportent bien sur leurs parts de dérives. En cette période de rentrée, une maman nous parle du cyber harcèlement chez les enfants.

Laurie, peux-tu te présenter ?

Je suis Laurie, j’ai 33 ans je vis en couple et j’ai 2 filles de 11 ans et 4 ans. Nous habitons à Vovray en bornes. J’ai passé en juin un Graduate « Chargé de Marketing Digital » qui équivaut au niveau BTS. J’ai repris mes études à la suite d’un licenciement et je m’apprête à commencer un nouveau boulot à mi-temps et j’ai créé mon entreprise d’assistante administrative pour professionnel et particulier : https://www.lauriebrand74.com/

Dans le cadre de ta formation tu as choisi de présenter dossier thématique sur le cyber harcèlement. Peux-tu nous dire ce qui t’as intéressé dans cette thématique ?

Dans le cadre de ma formation je devais réaliser un dossier de veille. Plusieurs thèmes nous ont été proposés parmi lequel « La communication via les réseaux sociaux », ce thème m’a tout de suite parlé et fait écho en moi, en mon histoire ou plutôt celle de mon enfant qui a malheureusement subi du harcèlement scolaire l’année dernière.
J’ai alors décidé de développer mon dossier sur le sujet : « La communication via les réseaux sociaux est-elle propice au cyber harcèlement chez les adolescents ? »

Quelles formes peuvent prendre le cyber harcèlement ?

Une personne victime de cyber harcèlement peut recevoir des messages à caractère injurieux, racistes, dégradants… écrits privés ou non sur son compte, Facebook, YouTube, Twitter… il peut aussi recevoir des messages audios, des vidéos ou des photos.
De plus en plus d’ados se retrouvent confrontés aussi au « revenge porn », c’est quand on diffuse sur internet une photo d’eux à caractère sexuelle sans leur consentement.

Quelles conséquences psychologiques pour les victimes ?

Les conséquences du harcèlement sont tellement nombreuses et diverses qu’il est parfois difficile de les repérer. Les conséquences physiologiques les plus importants sont le suicide ou les envies suicidaires, la perte de l’estime de soi, la perte de confiance en soi, la dépression, l’anxiété, la phobie scolaire, les insomnies… il ne faut pas négliger non plus les conséquences physiques qui peuvent apparaître avec la mutilation, la scarification… chaque être humain a sa propre manière de réagir et il est difficile de savoir qu’elle sera celle de son enfant.

Qui sont les harceleurs, quelles sont leurs motivations ?

Les harceleurs peuvent être n’importe qui ! Un camarade de classe, un anonyme, une connaissance, un adulte, un enfant… souvent le fait d’écrire derrière un écran est plus facile que d’harceler en face à face et l’harceleur n’a pas l’impression que c’est si grave.
Lors du procès médiatisé de l’affaire Mila, on se rend compte que les condamnés ont entre 20 et 35 ans pour la plupart aucun antécédent judiciaire et la vie de Monsieur tout le monde. L’effet de groupe est très propice au harcèlement.
On voit aussi des élèves ayant subi du harcèlement scolaire basculer du côté des harceleurs, souvent quand leur détresse n’a pas été entendue ou perçue.

Quelles sont les différences entre le harcèlement classique et celui qui passe désormais via internet, les réseaux sociaux (Tiktok, Snapchat, Facebook, Instagram, Youtube, ect …)

La principale différence c’est que sur les réseaux sociaux l’harceleur peut être anonyme car son compte Instagram, Facebook, ect… peut être créé avec un pseudonyme ou un faux nom. Alors qu’en cas de harcèlement classique, la plupart du temps il se passe en face à face donc on connaît son harceleur.
Ce n’est pas pour autant que c’est plus simple car les conséquences de ces deux types de harcèlements sont semblables et créent autant de dégâts.
L’autre gros problème du harcèlement sur internet c’est que les vidéos, messages se propagent à une vitesse fulgurante et qu’il est donc très compliqué de supprimer définitivement un contenu. Par exemple une photo dégradante de la victime peut encore circuler même après sa suppression et peut donc être infiniment partagées et rediffusée.

Quels conseils pourrais-tu donner aux adultes pour protéger au mieux les enfants et adolescents ?

Je ne sais pas si je suis la mieux placée pour donner des conseils mais peut être que je pourrais juste alerter les parents en leurs disant de ne pas minimiser ces types de harcèlement. Leurs enfants pourraient ne pas y survivre ou en garder de lourdes séquelles.
Je pense que le plus important c’est d’expliquer, d’éduquer nos ados à la pratique des réseaux sociaux. En effet ils font partis de notre quotidien mais il y a des règles à respecter, un comportement respectueux à avoir, que le fait d’insulter, de menacer… est puni par la loi.
Également rappeler à son enfant que s’il se retrouve en position de victime ça ne sera jamais de sa faute car il est une victime, que je l’aiderais et qu’il doit m’en parler. Et puis même si ça n’est pas toujours simple, passer du temps sur son compte avec lui pour voir ce qu’il s’y passe et non pas le « fliquer » mais le protéger.

Le cyber harcèlement a explosé pendant les confinements (+57%), penses-tu que la loi, les réseaux sociaux protègent suffisamment les victimes ?

Oui l’explosion est dramatique, je pense que la loi avance et que nous essayons tous de faire bouger les choses. Mais les choses ont tellement changées cette dernière décennie qu’on se retrouve tous un peu pris de court.
En revanche je trouve qu’il est inadmissible que les services de modération des réseaux sociaux ne soit pas assez réactifs. Une loi universelle devrait les obliger à supprimer très rapidement un contenu qui a été signalé car considéré comme insultant, dangereux, ou homophobe… Alors qu’il faut parfois des heures, voire des jours.
Pour finir je pense que les victimes ne sont pas assez reconnues, mais peut être aussi car nous ne savons pas qu’il est important de porter plainte en cas de harcèlement. Si on supprime juste le contenu cela ne fait pas avancer la cause.
Par expérience je sais maintenant que rien ne s’efface, les blessures s’atténuent, se referment mais les cicatrices sont toujours là.

Malgré tout ça je voudrais finir sur une note positive car même si le cyber harcèlement me fait peur, je trouve qu’il est important de rappeler que nous avons une chance énorme d’avoir ce moyen de communication, d’information, de divertissement à notre portée au quotidien.

 

Pour avoir un autre éclairage, nous avons posé 3 questions à Elodie, institutrice à l’école de Bossey.

Est-ce que l’Education Nationale prépare les enseignants à gérer le harcèlement scolaire ?

Chaque année, les enseignants suivent des formations afin d’exercer au mieux leur métier. Cette année, la circonscription de St-Julien-en-Genevois a proposé une formation sur le harcèlement scolaire que j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt. Elle était donnée par Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier, deux spécialistes du harcèlement scolaire et auteurs de nombreux livres, qui nous ont présenté « la méthode de la préoccupation partagée ». Durant cette formation à laquelle étaient invités les enseignants d’écoles primaires, de collèges et de lycées, un protocole efficace et simple à mettre en place nous a été enseigné. Cet apprentissage était très intéressant pour moi et mes collègues. C’est dommage que tous les enseignants ne suivent pas cette formation durant leurs études pour devenir professeur. Cela me semble essentiel pour être capable d’aider efficacement les élèves victimes.

As-tu déjà été confronté à ce genre de situation ?

J’enseigne depuis une dizaine d’année maintenant, j’ai été principalement en poste dans de petites écoles rurales du coin. Il y a encore 3 ou 4 ans, je pensais que le harcèlement scolaire était un problème qui touchait uniquement les grosses écoles, en ville, ainsi que les collèges/lycées. Je n’imaginais pas rencontrer ce genre de situation dans ma classe. Et pourtant, j’y ai bien été confrontée. Ce qui m’a le plus étonnée, c’est à quel point il est difficile de repérer une situation de harcèlement. D’ailleurs, à chaque fois, ce sont les parents d’élèves qui l’on décelée et qui m’ont informé du mal-être de leur enfant. Nous avons pu ensuite agir en équipe (parents et équipe éducative) pour remédier efficacement au problème.

Pour cela, il faut évidemment que les parents et les enfants se sentent en confiance à l’école. Qu’ils ne gèrent pas seuls cette situation car cela pourrait l’aggraver.

Penses-tu que le harcèlement est plus présent aujourd’hui dans les écoles qu’il ne l’était autrefois avant l’arrivée des réseaux sociaux ?

Je n’enseigne pas depuis très longtemps. Il est donc difficile pour moi de répondre à cette question. Cependant, je pense que le harcèlement a toujours existé à l’école mais nous n’y portions peut-être pas autant d’importance il y a 40 ans que maintenant. L’arrivée des réseaux sociaux ces dernières années amplifie malheureusement les situations de harcèlement, surtout dans les collèges et les lycées. Les victimes n’ont plus de répit, le harcèlement est sans limite de temps et d’espace. Il peut d’ailleurs dépasser les camarades de classe et s’étendre à des inconnus…

Pour aller plus loin : 

Harcèlement : Acte agressif, intentionnel perpétré par un individu ou un groupe d’individus au moyen de formes de communications électroniques, de façon répétée à l’encontre d’une victime. Délit sanctionné par la loi par des amendes, des rappels à l’ordre ou des peines de prison. 17% des ados ont déjà été victimes de cyber harcèlement.

En cas de harcèlement ou trouver de l’aide : Appeler le 3018 ligne d’assistance gratuite, anonyme et confidentiel. Elle propose une mise en relation avec des professionnels en outils numériques, des juristes, des psychologues… Chaque appel ouvre un dossier auprès du réseau social concerné. Cette ligne est nouvelle depuis le mois 2021 et permet une vrai prise en charge.

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